13 janvier 2026 – En l’église Saint Laurent du Puy-en-Velay, lors de la Messe de Requiem, nos prières accompagnent vers sa dernière demeure notre bien-aimé Frère Georges Écomard, rappelé à Dieu en communauté le 8 janvier précédent. Vous trouverez ici l’homélie du Père Alain Rorthais, le témoignage du Frère Brian Cavarec et la notice biographique rédigée grâce au Père Christian Josselin. Que notre cher Frère puisse désormais contempler dans la gloire le Dieu-Trinité qu’il a tant désiré et servi ici-bas !
Le Frère Georges : une vie toute donnée au Christ et une présence discrète, aimante, bienveillante et vigilante auprès de la jeunesse….
Témoignage du Frère Brian Cavarec donné lors de la Messe d’obsèques
Cher Frère Ecomard,
Je m’adresse à vous aujourd’hui comme on s’adresse à un frère aîné : avec respect, avec gratitude, et avec cette proximité que donne la vie de communauté.
Vous aviez quatre-vingt-sept ans. Soixante-huit années de vie religieuse. Et lorsque je fais le compte, mon frère, je réalise que lorsque vous êtes entré en vie religieuse, mes parents eux-mêmes n’étaient pas encore nés, et que déjà votre vie était donnée.
Malgré les années, vous étiez demeuré étonnamment jeune. Jeune par le cœur, par le regard, par cette fraîcheur intérieure qui ne s’use pas.
Il y avait en vous un dynamisme discret, une capacité intacte à vous émerveiller, à vous réjouir sincèrement du bien chez les autres, à accueillir la vie telle qu’elle venait, sans amertume ni lassitude. Cette jeunesse-là ne tient pas à l’âge : elle naît d’un cœur libre, donné, et toujours ouvert.
Vous aviez ce don rare de vous mettre à la hauteur de chacun. Vous saviez, avec justesse, remettre à leur place les plus grands de ce monde, et, dans le même mouvement, vous pencher avec un sourire vers le petit enfant.
Vous aimiez l’essentiel, la simplicité. Et souvent, vous saviez le dire avec ce sourire, espiègle, en coin qui vous appartenait.
Éducateur, vous l’avez été jusqu’au bout. Un éducateur chrétien hors pair, non parce que vous maîtrisiez toutes les méthodes, mais parce que vous aviez ce don rare : croire en l’autre avant même qu’il n’y croie lui-même. Vous saviez poser un regard qui relevait, une parole qui appelait, un silence qui faisait grandir.
Et vous faisiez tout cela avec humour. Un humour fin, jamais appuyé, jamais blessant. Un humour qui désarme, qui remet à sa juste place, qui ouvre une respiration quand tout devient trop sérieux.
Vous nous avez appris qu’on peut être exigeant dans l’Évangile sans être dur, radical sans être pesant, pauvre sans être triste. Vous étiez simple.
Profondément simple. À l’image de ce qui reste aujourd’hui dans votre chambre. Vous aviez peu de choses, et cela vous suffisait. Pauvre, oui mais d’une pauvreté habitée, libre, élégante. Distingué sans le vouloir, avec votre éternelle cravate bleue, votre chapeau d’aventurier, parce que votre dignité ne venait ni du rang ni du rôle, mais d’une vie donnée à Dieu.
Mon Frère, vous n’avez jamais cherché à briller. Et pourtant, vous nous éclairez encore aujourd’hui. Vous éclairez nos engagements mis à l’épreuve du temps, nos fatigues, nos combats devant la durée.
Soixante-huit ans de fidélité. Vous nous montrez que la persévérance n’est pas une prouesse, mais une patience amoureuse. Vous étiez persuadé que ce qui dure transforme plus que ce qui impressionne. Que l’obéissance est joyeuse.
L’humour était chez vous une forme très fine d’humilité. Car l’humour naît d’un cœur qui sait se tenir à sa juste place. L’humble sourit de ses propres limites et les offre sans défense.
Nous en avons encore eu un sourire partagé tout récemment, mercredi dernier, lorsque, par goût de l’aventure, vous avez versé du Smecta dans un fond de vin rouge et tenté d’en boire une gorgée. La substance était pour le moins… déconcertante, la scène délicieusement cocasse, et vous avez ri de bon cœur, le premier, de cette petite mésaventure.
Ainsi, sans bruit, vous disiez l’humilité.
Aujourd’hui, je vous parle avec reconnaissance… et avec un sourire intérieur. Car je vous imagine déjà, là où vous êtes, accueillant ces paroles avec cette discrétion malicieuse qui vous caractérisait, nous rappelant, d’un regard, que l’essentiel tient toujours en peu de mots.
Je vous imagine rencontrer Saint-Pierre :
« Bien cher Frère, bienvenue, d’où venez-vous ? »,
et vous de répondre : « De l’effort d’aimer de tout mon cœur. »
« Ce n’est pas ma question, cher Frère ! »
« Certes, mais c’est ma réponse ! »
Alors Frère, je vous dis simplement : merci. Merci pour la route tracée. Merci pour la fidélité incarnée. Merci pour la joie, pour vos sourires. Merci pour l’Évangile vécu sans discours.
Reposez en paix.
Et veillez sur nous, nous qui avons encore tant à apprendre de votre art de vivre et de votre art de sourire. De notre côté, nous prierons pour vous, cher Frère, pour ce dernier combat que vous avez à mener et nous comptons déjà sur votre intercession.
Petite notice biographique sur notre Frère
Né le 20 juin 1938, à Paulx (Loire-Atlantique), entré en 1956 au noviciat des Religieux-de-Saint-Vincent-de-Paul, il prononce ses premiers vœux le 15 mai 1958 à Paris (XVe).
Il est aussitôt nommé directeur du Patronage Maurice Maignen (Paris, XVe).
Il accomplit ensuite son service militaire en Algérie (1959-1961).
À son retour, il est envoyé comme directeur du Patronage Saint-Joseph de Saint-Etienne (Loire) où il prononce ses vœux perpétuels en novembre 1963.
En 1965, direction la Seine-et-Marne où il assure la mission de surveillant général du Collège-Lycée Saint-Joseph de Combreux, à Tournan-en-Brie, jusqu’en 1982.
Il revient alors à Paris (XVe) pour diriger le patronage des garçons (Patro Le Prevost) et le foyer des jeunes étudiants et travailleurs (Foyer Le Prevost) dont est chargée la communauté de Notre-Dame de la Salette.
En août 2008, avec le soutien des évêques de Belley-Ars, du Puy-en-Velay et d’Angers, il participe avec une vingtaine d’autres religieux à la fondation des Oblats de Saint-Vincent-de-Paul.
Sur la demande de Mgr Guy-Marie Bagnard, évêque de Belley-Ars, il collabore activement à la fondation et à la direction du patronage des garçons (Patronage Le Peloux) de Bourg-en-Bresse en juillet 2008.
En septembre 2010, notre Frère rejoint la communauté du Puy-en-Velay, où il se dévoue encore au patro des garçons (Patro Du Guesclin) une bonne dizaine d’années tant que sa santé le lui permet.
Ses forces déclinant, ces dernières années l’ont vu toutefois toujours alerte de cœur et d’esprit pour servir ses frères en communauté !
Il nous a quittés discrètement le 8 janvier 2026, de nuit, à l’âge de 87 ans.
Ses obsèques ont donc été célébrées le mardi 13 janvier 2026, au Puy-en-Velay, en l’église Saint-Laurent desservie par sa communauté, en présence d’une grande et fervente assemblée : la quasi-totalité des Oblats, de nombreux prêtres et représentants des œuvres et divers amis et anciens.
Son corps a été ensuite transporté au cimetière de La Roche-sur-Yon où il a été inhumé dans le caveau de la communauté, en présence des membres de sa famille et de la communauté vendéenne des Oblats.
